Mutation et métamorphoses


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Des fragments d'âmes délaissés sur le chemin

...et devenus fantômes

     Les mutations font partie de l'existence. "Muter" est un processus plus radical qu'un changement, qu'un virage, qu'une simple évolution. Il s'agit d'une réelle expérience de mort et de renaissance. Un processus de métamorphose du corps et de l'esprit, qui contient en lui le risque d'une annihilation ou d'une involution  complète de l'être. Bien que nous n'en ayions que peu conscience, ces grandes mutations s'opèrent, sous la surface des activités souvent répétitives du quotidien, passant la plupart du temps inaperçues. Pourtant, bien des drames se déroulent dans cet inaperçu, laissant des fragments de nous même enclos, désséchés dans leurs crisalydes-tombales. L'âme, ce qui est animé en nous , dévitalisée poursuit alors son chemin spectral dans des illusions d'existence, contaminant les psychismes fragiles qui l'entourent, induisant d'immenses dégats, parfois sur des générations.

 

 Muter

Accepter de mourir pour renaitre

     "Muter" c'est encourir la mort ( maat c'est la mort en égyptien ancien). Mourir à ce que l'on a été. C'est accepter de rejoindre la mère ( Mutter en allemand) archaïque, inconsciente et passive pour ensuite renaitre à une autre vie, à une dimension plus subtile que celle que l'on a délaissée. Cette mère là, "mer invisible"  , en arrière plan réclâme qu'on l'aime et lui abandonne toute opinion restrictive et morale afin d'atteindre au dépassement, à la multidimensionalité du destin humain. Pourtant renoncer au passé est difficile. C'est ensuite  faire le constat d'un fait qui a eu déjà lieu, en amont, au moment même où on le reconnait.

"Muter" c'est retourner au silence ( mute- muet ), passer sous "taire"( sous terre). Perdre les références, au connu, à cette pseudo sécurité de ce qu'on croyait. Et de" sous ce taire" faire surgir l'acceptation de  cette perte comme autant de vie à gagner dans la promesse du devenir.  C'est sans cesse que nous quittons une forme pour en conquérir une autre. Pertes et gains se succédent, non pas comme deux pôles opposés mais comme deux phases d'une même réalité de l'être.


Métamorphoses du jeune être

     Dès le plus jeune âge, l'enfant est sujet de métamorphoses successives qui le conduisent à traverser des phases périlleuses.  Foetus , il doit abandonner douloureusement et violemment l'utérus aqueux de la mère, au risque de leurs vies, pour le monde de la lumière crue et de l'air. Nourrison il doit quitter le sein de sa mère, se séparer de l'entité moi/maman,  accéder au langage et à la société des humains. Vers trois ans au moment de l'Oedipe, il est  face à la menace que lui oppose l'instance paternelle en le séparant du désir incestueux  qu'il devra surmonter. Vers 7 ans la perte des dents lui ote toute séduction et achève cette phase de mutation cruxiale où son être s'établit dans l'altérité, aussi bien  psychique que sexuelle.   Vers 12 ans l'enfant délaisse sa forme physique pour entrer dans la transition ô combien délicate de l'adolescence qui le conduira ou pas à devenir un(e) adulte .

 

Du "comment"(ang.) au comment?

     Perte et gain - silence et parole- vide et forme . Le "fait d'être "se dégage de cette apparente contradiction, en une continuité subtile. 

Ce qui nous est plus difficile, c'est d'y porter attention, lorsque surgissent les angoisses associées. Que nous soyons parents où pour nous même, dans le présent ou la remémoration.  Etre à l'écoute de ces prémisses du deuil de cette ancienne existence,  accueillir le processus en marche du "passer à travers"  en accompagnant par une parole bienveillante , ce qui justement  ne peut se dire dans ce qui germine "sous taire".

Si l'on ne peut pas toujours comprendre ce qui est à l'oeuvre dans le présent, on peut entendre la palpitation du mouvement de la psychée, sans en conclure quoi que ce soit de  précoce. Suivre ou voir....veiller en somme et "laisser être" dans la nature des choses. Ne pas chercher à intervenir, mais veiller dans une écoute renouvelée et attentive. Le silence de l'oeuvre en marche est à scruter, tel le marin scrute clapot du fleuve lorsqu'il rejoint l'estuaire. Cette attitude d'écoute est doublée de perplexité car toute métamorphose est ambigüe et troublante. Là, évidemment, oser une parole confiante, même si elle ne peut  décrire la totalité du réel...c'est naitre à cet Autre en devenir.


Psychanalyse : un cercle ouvert

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