Patience en analyse

 

La patience est un remède

   Sur le chemin de la guérison, tout comme sur le chemin de l'individuation, la patience est de rigueur. La patience est considérée comme un labeur dans la vision commune. On anticipe en effet un résultat qui devrait se produire dans un avenir lointain, voire hypothètique et en même temps, on se concentre d'avantage sur l'action ou les circonstances en cours. Cela rend cet exercice peu enthousiasmant et austère. C'est d'ailleurs pour cette raison que peu de gens sont véritablement patients, et conséquemment  que peu de gens sont véritablement  sages.

La patience fait partie de ces redoutables médicaments que l'esprit humain sécrète par lui-même, contre à peu-près la plus part des maux dont il souffre. Expression de l'intelligence la plus profonde, capacité à s'auto évaluer en permanence, à s'auto régénerer au fur et à mesure de la guérison, la patience est une force naturelle de transformation, à condition que l'on veuille bien la cultiver et en considérer l'incertitude du terme, si brutal soit -il parfois. Elle est une voie naturelle de guérison et une voie initiatique complète qui n'apparait pas comme telle, et souvent ravalée au rang de méthode ordinaire de normalisation . Qu'est- ce à dire?

 

L'espérance et l'espoir

    Il n'est pas possible d'être patient sans un accord au préalable avec soi-même sur l'implicite et utopique but à atteindre. Le manque, la souffrance présentes étant semblables au moule à cire perdue rendant compte de l'autre partie complémentaire à réaliser, cet accord signifie que l'on s'engage à" l'espérance". L'espérance ne doit pas être confondue avec l'espoir, et notamment sur la voie initiatique. L'espoir, lui est le revers de la crainte. Il est un des deux extrêmes de la dualité tandisque l'espérance est l'ouverture à l'infini de notre propre nature saine, harmonieuse, harmonique et dynamique, une façon de convier l'imagination dans le corps de la vie ordinaire. Fort de cet accord, qui nous lie au pressentiment de ce que nous devons devenir, nous entâmons la remontée vers la luminosité du grand Art. 

Comme je l'ai mentionné précédemment, il ne s'agit pas d'envisager la pleine réalisation de notre nature comme un but lointain ou hypothétique, ni même comme un idéal à atteindre. Notre nature, pleine de ses capacités  vitales de réjouissance ne se situe pas dans le devenir à proprement parlé, mais dans un dénouement de l'être au lieu de l'instant. Il ne s'agit, comme on le voit, nullement d'obtenir quoi que ce soit en plus;  plus de santé ou de force; mais plutôt de rentrer en communication avec cette part de nous même qui s'exprime dans cette déformation ténèbreuse qu'est la souffrance. Apprenons à lire la souffrance, c'est à dire, à voir sous la laideur, l'expression d'une beauté qui se retient depuis bien trop longtemps, comme un animal archaîque dans le ventre de la terre attend les premières pluies pour renaître.

 

L'épreuve du corps du temps

Etape par étape

    Les étapes de la guérison doivent être respectées, jamais sautées, jamais omises. Tout évitement, tout anticipation est autrement sanctionnée dans l' après coup, par un affaiblissement de la psyché et de la vitalité. Cet aspect graduel du chemin est regardé par certains comme chronologique, mais il peut également être vu comme un processus total de la conscience, comme de pouvoir embrasser dans l'entièreté du regard l'horizon et la multitude des petits détails en haute définition. Vue panoramique et précision d'orphèvrerie.

Celui qui s'engage dans l'exercice de la patience, s'engage aussi dans l'épreuve de ce qu'est le temps. Et pour en comprendre la mécanique, rien n'est plus efficace que de s'entrainer à ce que nous sommes si peu promt à embrasser et à vivre:" la lenteur". La lenteur met à la lumière notre peine à accueillir tensions et tentations, et pour qui en fait son cheval de bataille, ne tarde pas à voir fleurir la joie de pousses inattendus derrière l'esquisse d'un effort de se retenir de fuir en avant. Car avant tout, le temps est une expérience sensitive: celle de ce corps imaginaire qui fuit du corps réel, pour être dans une sorte d'ailleurs fictif. Voilà le temps, qui part d'un point corps, pour aller dans un ailleurs sans certitude . Tension. Concentration,  L'exercice de la patience est celui de la connaissance du temps, et de l'énergie qui est soutendue par tout élan, par tout désir et qui se voit ici ramassée sur elle-même dans le coeur du moment présent. 

Comment la patience peut elle être un remède à la dépression? A la neurasthénie? A l'obsession ?  Ces jeunes pousses qui surgissent dans l'exercice de la lenteur, et dans la résistance à fuir, en avant ou ailleurs, que cet ailleurs soit un" plus tard" ou un idéal surgissant là où on les attendait le moins, car de cet effort subtil à se contenir nait une spontaneité joyeuse, qui à force d'étincelles finit pas s'embraser durablement. Et si cela dure, c'est que le temps fait son oeuvre, d'un coté ou de l'autre, de la lenteur ou de la rapidité, mais qu'il est à ce point chevauché et dans l'équilibre permanent des forces en mouvement et maitrisé, en connaissance de cause et de conséquence. 

 

Le temps et l'énergie

    Le corps est régi pas le temps. Il se déploie dans cet espace qui va d'ici à là et qui change en permanence. Cet aspect changeant est commun à tout objet de la physique. Le temps est "corps d'énergie". Le theme de l'énergie en psychanalyse fut relativement peu traité, pourtant il est clair que les maladies psychiques ont à voir avec le flux de vitalité générée, soit pas assez, dans le cadre des périodes dépressives, soit trop dans les périodes maniaques. Le temps est le signifiant maitre de tout analyse et de toute reconquête de l'énergie vitale. Qu'est-ce que la dépression si ce n'est la chryogénisation de la vie dans le trou-noir du non-temps, histoire d'échapper, le croit-on, à la mort hostile et des circonstances adverses.

C'est à cause du temps-comment l'on va d'un point A à un point B- que la vie se déploie et s'exprime selon le mode énergétique. Pour qu'il y ait énergie, il faut un sens, un début et une fin conçus comme tels . Voilà pourquoi la dépression, qui est marquée par l'absence d'énergie ou sa discontinuité nous parle de ce que le sens manque, complètement ou par moment. Et voilà pourquoi, dans la dépression, il est vital(c'est le mot) de retrouver le sens, à savoir une vision de la direction qui va de A jusqu'à B avec toutes les incertitudes et aléas qui vont avec.

Pour que le sens existe( les bouddhistes diraient la voie) , il faut donc savoir où cela va, sans savoir si ça va. Il faut donc savoir sans savoir.

La patience se trouve justement là, entre ces deux biches que sont- le savoir- et -le non-savoir, c'est à dire dans cet espace sans possibilité de fixation définitive qui est tout à la fois incertitude et espérance. 

 

 

La grande arche

Patience, le temps au delà du temps

     Pour en revenir à la patience comme remède; elle s'avère si extraordinaire que pour celui ou celle qui s'y adonne, elle permet de sauter de la dimension relative du temps, à cette dimension du réel qui porte en elle: le passé, le présent et le futur; c'est-à dire l'élan vital et originel qui nous tient de la naissance à la mort. C'est peut-être le temps du rêve dont parle les aborigènes d'Australie, un espace où tout serait à disposition, en tous cas bien des informations nécessaires à notre route de A à B.

Dans ma propre expérience, c'est dans l'exercice du temps et de l'attente que j'ai pu mesurer la véridicité de mon désir, mais aussi gouter cette dimension de la présence, qui semblait démultipliée dans toutes les directions de l'espace et du temps, me donnant accès à bien des compréhensions et des informations que je me serais trouver bien en peine de connaitre par ailleurs. Cette zone, "entre les deux biches" où je suis tombée sans le vouloir, comme ce petit mouton dans la faille de la grotte de Lascaux, m'a permis d'accéder à "l'arrière fond", ce que dans mon jargon personnel, je nomme "arrière fond" et qui l'est de tout ce que nous expérimentons au revers de nos perceptions usuelles. 

La patience dans l'analyse, et dans toutes les entreprises de la vie, nous conduit sans aucun doute vers cet arrière fond des choses. Ce n'est pas frustration que d'attendre à partir de cette confiance/conscience qui sait que cette attente est en elle-même l'oasis, et le paradis lui-même.

 

 

 

 

 

 

 

 
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