Réussir sa vie ou se décourager

Réussir sa vie  

Voir que la norme n'est pas vérité

   Réussir sa vie. Voilà bien un adage rabâché sur tous les tons, et partout. Pour chacun, n'est-ce pas l'énigme qui serait sensée nous faire passer d'insatisfait à satisfait, de malheureux à heureux ?. De quoi s'agit-il lorsque nous disons: "réussir sa vie?" Y-aurait-il un "réussir sa vie" universel, dont le bonheur gratifierait la trouvaille? S'agirait-il enfant, de réussir à plaire à l'image idéale que les parents ont de lui ? Et plus tard de réussir scolairement répondant là positivement et conformément aux attentes familiales et sociétales. Enfin, réussir sa vie, est-ce avoir connu l'amour durable, un travail  reconnu, utile ou bien rénuméré, avoir eu quoi que ce soit de valeur qui pourrait garantir que l'on a mené une vie "qui valait le coup ou le coût". Qu'est-ce qui, au juste nous satisfait et nous donne l'impression que notre vie nous comble, que cette existence a de la valeur?

Bien que nous sachions parfaitement qu'il n'y a aucune norme en la matière, nous aimons croire que la norme y est pour quelque chose. Elle est effectivement pour quelque chose dans la paix sociale et dans cet sorte de plaisir à être reconnu par autrui comme quelqu'un de valable, mais pas assez pour nous faire accéder un une paix durable, assez profonde pour ne nous faire craindre, ni de perdre quoi que ce soit, ni  d'espérer gagner quelque chose de plus. Et si rien dans notre existence ne ressemble de près ou de loin à l'idéal collectif, nous gardant de croire que nous pourrions jamais nous en rapprocher; sommes nous pour autant dans l'impossibilité de réussir notre vie ?  Doit-on penser qu'il existe une fatalité sociale ou de faits barrant définitivement les êtres à la pleine réussite de leur vie ? Personnellement, je pense que non. Quelque soit l'étendue du désert traversé, et si cette longue traversée dure encore, il est certain qu'il demeure possible d'accéder au contentement.

 

Le retournement

Un espace d'où je suis

    Il est faux de penser que seul l'individu compte en matière de satisfaction. Il est aussi faux de croire que c'est la norme qui la garantit. Il existe une sorte d 'entre deux, un espace inédit entre l'extérieur du monde et l'intériorité, entre l'insatisfaction et la satisfaction. Cet espace qui apparait comme un entre deux, n'est en vérité, ni à l'extérieur, ni à l'intérieur, ni dans aucun extrême. C'est sur le champ de la conscience que se projettent à la fois les objets du monde et les objets que sont "les feelings" (expériences sensorielles et les émotions) donc toutes ces dimensions spaciales d' intériorité, extérieur et de littoralité.

Le champ de la conscience représente l'écran où se déroule les évènements de notre vie, et de toutes les vies dont nous sommes aussi le témoin. La somme de ces évènements soi-les autres-le monde a pour point origine ce qui la perçoit. Ce retournement de point-de-vue qui consiste à ne plus laisser cette somme d'évènements convaincre le témoin que le point de vue de la représentation est la seule position vraie,et qu'elle peut conduire à une nouvelle compréhension de ce que pourrait-être "réussir sa vie", c'est-à dire à la dimension réelle du destin humain.

En finir avec le découragement

    Le découragement vient en partie du fait de la pregnance du monde évènementiel et de sa force de conviction sur nous. Nous croyons ainsi que c'est cette représentation du monde qui nous fait. Nous nous identifions à ce que le monde prétend que nous sommes: des rôles, des genres, des espèces, des récits, des corps.  Nous ne voyons pas notre responsabilité dans le renversement des rapports. Si nous n'existons pas, comme celui qui perçoit, rien ne peut exister dans le monde. Or, de cela nous n'en sommes pas du tout certains, tout englués sommes nous par la fascination objectale. Nous sommes ainsi tout à fait convaincus que sans notre corps, nous n'avons plus d'esprit. C'est là l'héritage du positivisme en Occident. Nous sommes persuadés qu'à la mort du corps, tout de nous meurt.

Cependant nous faisons constamment l'expérience de percevoir notre corps, et notre moi, comme imago sur le champ de notre conscience. Nous sommes d'accord pour dire que nous avons changé depuis l'enfance, que nous ne sommes plus les même. Nous sommes aussi dans l'évidente doute quant à savoir qui nous sommes vraiment puisque cela peut changer. Nous confortons sans cesse nos illusions de sécurité dans la fabrication soigneuse d'une image de nous même, consolidant cette fragile chimère en la faisant corroborer par d'autres, également incertains mais prétendant ne pas l'être.  A chaque instant, nous créons notre corps, et notre histoire. Seulement, par manque d'acuité et d'attention portée, par évitement du réel nous ne nous en rendons pas compte, nous oublions.

L'auto-réalisation ne dépend pas...

    Quand nous parvenons à faire ce renversement, l'évidence du primat de la conscience sur le corps n'est plus à prouver. Il renverse ainsi les valeurs et le sens de la vie humaine, qui, d'une nécessité de réalisation sociétale, devient nécessité ontologique de ré-abiliter et demeurer dans sa source même, et plus dans le monde des objets qui ne sont que des projections vides.. La révolution dont-il s'agit est par contre une expérience des plus directes conduisant à voir que nous sommes des êtres incessamment renouvelés et renouvelables. Ainsi, notre vision du monde a-t-elle cette particularité de renouvellement permanent, elle aussi, puis qu'elle est la trace, le résidu de cette impulsion de la conscience. Si l'être est renouvelé en tant qu'il a un corps, le renouveau de la pure conscience transcende la notion de corps et toutes les images, même symboliques.

La réussite dont il s'agit, à partir de cette ultime expérience de la source de la perception, n'est pas tant dans le devenir ou l'ajout de quoi que ce soit à la personnalité, ni même de guérir d'un point de vue psychologique, mais plutôt de s'autoriser enfin à exister, librement abandonné à sa nature originelle. Ainsi, même si il est vrai que la condition sociale, mentale ou physique des individus jouent un grand rôle dans la possibilité de réussir sa vie sociale, il n'en est pas de même sur un plan ontologique où l'expérience de la transcendance peut intervenir à n'importe quel moment, que l'on soit heureux ou pas, malade ou en bonne santé que l'on soit homme ou femme, riche ou pauvre.

 

La transcendance comme but

L'inattendu est joie

    Pour revenir sur le découragement qui plonge l'individu dans l'abîme de l'exil, il y a d'abord cette nécessité de dire à celui qui souffre que le fait de réussir sa vie ne dépend pas, ou peu des circonstances externes. Cette réussite peut intervenir dans" la nuit la plus noire de l'âme" comme l'exprimait St Jean-de-la croix. Elle peut intervenir dans des circonstances funestes ou dans la maladie mentale et cette réussite n'a pas grand rapport avec l'idée que l'ont  peut en avoir. Il arrive que l'on soit surpris et saisi par la joie, et par le sens de vivre alors qu'on ne s'y attendait pas.

Il y a dans la surprise une extraordinaire marque de réussite, dans le sens où la mort psychique, la mort de l'âme est l'absence d'inattendu. La surprise est une échappée belle du monde mortifère de l'image. Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer de la réussite et du fait de s'y conformer, la vraie réussite intérieure ne demande pas à ce que l'on se conforme. Elle survient par une sorte de magie poétique, brisant là le discours; ouvrant une brèche sur un espace où l'être peut enfin se déplier et s'abriter, tel qu'il est sans devoir se harnacher de ses usuelles justifications.

La transcendance est poésie. "Lalangue" joyeuse, "chant des oiseaux" décrivant l'indescriptible sans image de notre nature libre. Réussir se dissout dans l'expression spontanée de l'être, ne rejetant rien de la vie conventionnelle, mais la laissant à sa place. Qu'est-ce qu'une trace ?

 

 

Psychanalyse en Dordogne

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