Que signifie "le pardon"

Peut-on surmonter ses traumatismes familiaux ?

Fatalité et espérance

    De nombreuses personnes se sont construites dans un environnement hostile, combinant  maladie de société et névroses familiales. La violence collective et institutionnelle s'ajoutaient donc au climat délétère et ensauvagé de la vie familiale. Les désirs, pris dans un combat sans merci, recouverts par d'apparents principes moraux, n'avaient de moraux que le nom, et  biaisés de leur véritable destin, ces désirs ont nourri  des situations  d'une ambivalence folle, d'autant plus folle quelles prétendaient autre chose, de bien lisse, et parfois d'autant plus brillant que le réel était obscurci.

La violence familiale, aux innombrables visages, est à l'origine d'immenses dégats dans la psyché des individus. Blessés à vie, obligés de survivre comme ils le peuvent  avec leur "moi-gnon ", souvent mendiants de ce qu'ils désespèrent de rencontrer, ils soupçonnent  néanmoins et évidemment la nécessité de la restitution de leur dignité et de leur identité.

Comment se construire, ou se re-construire ? Comment surmonter cette guerre qui dure parfois depuis des générations, mutilant des lignées entières ? Peut-on vraiment échapper à la fatalité de certains destins pervers et violents?

Oser témoigner c'est restituer son propre honneur, son intégrité

Témoigner de  la violence c'est déjà en sortir...

    Chaque histoire familiale, chaque destin sociétal est à témoigner, "dé-moi-nié" . En autorisant le dire, de ce que cette négation du Moi à fait, en nous, nous sommes conduis à reconnaitre la véritable dimension à laquelle nous sommes appelés à naitre. Nous partons du constat de l'exil et de la violence, comme trace indéniable de ce qui fait manque: la paix, la retrouvaille, la mise en marche... C'est en connaissant la violence que la nécessité et la réalité de la paix font évidence. C'est-à-partir de l'expérience et de l'observation du désordre et de la confusion que nous éprouvons le caractère vital d'une recherche d'un certain ordre.

De cette façon, par les mots, ceux là même qui se portaient comme des armes mortelles, nous regagnons le pouvoir et la possibilité d'être au-delà de la peur, ou de la conquête écrasante. Nous apprivoisons les mots, eux aussi ensauvagés par les générations d'exil et d'exilés. A leur contact organique, nous comprenons qu'ils ne sont pas seulement porteur d'anéantissement ou de destructivité, mais porteur d'espèrance et de fillançailles avec nous même. Ils nous appellent à retrouver notre vrai visage. N'est-ce pas  d'ailleurs le propos de la bible, ou de la guerre du Mahabaratta de nous amener, par analogies, à nous identifier à ces prophètes en fuite, persécutés par les leurs, qui après leur conversion, trouvèrent le chemin de la guérison et du pardon. 

  Néanmoins, il ne faut pas se cacher le caractère aléatoire de cette grande initiation qu'est l'analyse.  Comme dans toute aventure, comme dans toute odyssée, aucun résultat n'est garanti. Sur ce chemin, il ne s'agit pas tant de gagner ou de conquérir quoi que ce soit, que de révéler "le derrière des choses", le fond qui sous-tend les mille et un récits humains. Graal et toison d'or se trouvent au plus intime des mots et avant les mots eux-même: l'origine du monde.

Pardonner ? C'est quoi?

Le don de la part d'ombre

     Dans notre société aux bases religieuses désormais de plus en plus brumeuses, le pardon ne veut plus signifier grand chose de bien précis. Il hante pourtant  de son halo, le lexique qui forme la trame des discours ordinaires. S'agit- il de faire "comme si il n'y avait rien eu "? Comme si ce n'était pas grâve ? comme si le mal dont on avait souffert, ce n'était rien ? Doit-on excuser la violence sous prétexte qu'elle tient ses propres causes dans l'ignorance des êtres violents ? Combien de mes patients se sont entendus dire, à propos des maltraitances qu'ils ont subies..."Mais enfin, tu en es encore là ? Tu n'as pas pu passer à autre chose?"  ...et le pardon alors ?

Il est vrai que nous avons une part de responsabilité dans le soulagement de la souffrance, c'est-à-dire dans notre devoir de liberté et de pouvoir, autrement il nous serait impossible de guérir de quoi que ce soit, pris dans un cercle sans choix et sans fin.

Dans le mot pardon, il y a  "par-don", c'est "la part d'ombre que l'on donne.".....c'est une offrande à la conscience. Une fois que nous nous sommes autorisé à parler et à reconnaitre ce qui s'était passé de si terrible, pour nous et pour ces autres qui ont été les bourreaux ou victimes à leur insu, il est possible de faire don de son histoire à l'esprit de la vie, afin que cela ne se perpétue pas .

Le pardon est compassion. Nous pouvons contempler et dire, ce en quoi nous avons été partie prenante dans cet enfer, subissant ou créant tour-à-tour nos châtiments. Cette vision des mécanismes est pardon. Il ne s'agit pas d'excuser mais de "voir". Parce que nous témoignons, nous allons au-delà de la fatalité et de la mécanicité broyante de l'histoire collective. La part d'ombre est le résidu de notre être qui doit être "sacrifié" pour une conscience supérieure, comme une vieille peau qui tombe, afin de laisser apparaitre l'être nouveau. Il n'est pas possible de muter sans prendre la responsabilité du voyage vers soi-même. Il faut assumer l'être violent ou les êtres dont on a croisé le chemin, comme celui ou ceux qui symbolisent notre énergie la plus primaire et la plus lourde, la plus brutale. Cette vieille part résiduelle demeure néanmoins, témoignage de ce qui nous singularise aujourd'hui.

 

Assumer mais pas souscrire

     Le fait d'assumer les êtres qui firent notre ruine, ne consiste pas à les excuser, ni à penser que nous sommes responsables des maltraitances reçues. Certainement pas. Nous devons même nous en protéger.

Comme témoin, nous pouvons accueillir cette réalité innommable et terrible pour l'inclure dans notre histoire, dans notre cheminement, comme élément de compréhension et d'éclairage . Il n'est pas possible de rejeter, ou de nier ce qui s'est passé. Assumer consiste à regarder en face  ce qui s'est passé, et ce que l'on a ressenti à cet égard, sans se leurrer sur la complexité de nos mouvements contradictoires, parfois bizarres, ambivalents et redoutables...

Assumer consiste à échanger le rôle de victime ou de bourreau contre un rôle d'observateur détaché. Cela ne peut se faire qu'après des années de cheminement progressif et d'autorisation personnelle à exister comme à dire. L'identification au fait dêtre une victime sous-tend la proximité d'identification avec le bourreau, qui bien souvent fut victime aussi. les antagonismes naissent l'un de l'autre. La posture la plus aidante, la plus libérante est bien celle de témoin, car alors, il est envisageable de confronter les faits, les émotions traversées, comme autant d' objets relativement égaux par ailleurs, comme autant de signes à lire, non plus à condamner. Nous ne sommes plus alors obligés de nous ranger dans un camp ou un autre, perpétuant la loi de l'opposition, mais adoptons un regard qui loin de refuser sa faculté critique, en use plutôt de façon discriminante, à des fins d'accueil des choses telles quelles sont, dans la  bienveillance ouverte, plutôt que dans la fermeture du définitif. 

Après des années d'ouverture progressive, il est possible de livrer l'idée de sa part d'ombre dans le don par les mots. "Je te pardonne" signifie, "j'ai vu la totalité de ce qui s'est passé. j'ai compris que toi aussi, tu étais en enfer, ignorant de toi-même. Rien ne peut plus m'atteindre car j'ai reconnu qu'au- delà des blessures, je suis." Je n'oublie certainement pas et jamais l'intensité de la violence à laquelle je ferme définitivement la porte, mais je ne te condamne pas à l'enfer, j'espère que tu verras clair un jour saisissant ta propre responsabilité de guérir et de don de ta part d'ombre....me voici libre même si je suis toujours blessé. Cette blessure est un rappel, qui ouvre à la vraie dimension d'aimer, et à notre devoir d'humain.

Psychanalyse en Dordogne

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