Un après à l'analyse?

La fin d'analyse

....ou comment savoir-y-faire avec son symptôme

    La fin de cure est une réalité, mais comme toute limite elle est posée de façon symbolique, lorsque le sujet" sait y faire avec son symptôme ". La fin de cure n'est pas nécessairement marquée par la disparition du symptôme. Comme nous l'avons vu dans un article précédent, le symptôme n'est pas le mal dont il s'agit de se débarrasser mais plutôt le signe d'une difficulté à articuler, ou à nouer les différents plans: le réel, l'imaginaire et le symbolique, qui forment la cohérence du moi et sa mise en perspective.

En tant que signe d'un manque à s'articuler, il n'est pas à éliminer, mais à entendre, dans sa sonorité et à saisir dans sa lettre comme le moule à la cire perdue rend compte de son contenu et de son sens, par le vide qu'il borde.

Pour Lacan, la fin de cure s'entend avec l' ouverture sur un au-delà. Au-delà qui met en perspective la vie du sujet, au lieu de l'impasse dans laquelle il se trouvait en arrivant en cure. Cette au delà du symptôme devient "synthome", c'est à dire" pivot symbolique", hatus, césure qui permet le rafistolage" ou" bascule" vers de nouveaux possibles.  La fin de cure s'entend dés l'ouverture de ce cette mise en perspective du sujet, à partir du synthome: renouvellement ou ré-invention de l'idée du moi et de ses deux aspects: "moi idéal" et "idéal du moi" en s'appuyant sur ce qui semblait une faiblesse ou un manque. En ce qui concerne les troubles obsessionnels,ou hystériques, on peut ainsi dire qu'ils "se déchargent" de leur tension-d'ab-sens pour une dimension inconnue et créative.

 

Et après l'analyse

...une nouvelle et transparence nature

    Il existe un "après analyse" qui n'est pas tant une rupture qu'une continuité de cette dynamique de décodage. A ce décodage, qui se renouvelle à partir de l'interprétation du passé récent, s'ajoute une dimension de risque, sans quoi la vie n'est pas la vie, mais une répétition du connu. Dans l'analyse, il va sans dire que l'apprentissage joue aussi une grande part, "appren-tissage" du fil d'or dans cette écoute des profondeurs,  mise en pratique plus efficace des rapports des désir existants entre ces abysses-intimes et le monde. Désirs souvent masqués qui vont être dans ce non- savoir les enjeux d' évolutions permanentes, de redistributions, d'inventions permettant d'y faire avec son symtôme, de gagner un temps considérable pour ce que l'on nomme réalisation.

Le risque est l'après analyse le saut dans l'inconnu du réel, ce que l'on ne peut pas circonscrire ou border par les mots. Savoir que l'analyse est achevée, c'est savoir justement qu'elle demeure inachevée, laissant voir là la transparence du réel et ses miroitements interprétatifs, c'est-à- dire la transparence spacieuse de l'être et ses chatoiements de qualités changeantes..

 

L'analyse conduit forcément vers un au delà

...l'autonomie

   Terminer sa cure analytique n'est pas de l'ordre du vouloir, mais d'un maturation suffisante pour suppléer soit même à ses propres vacillements. Cette suppléance est conscience que le manque est aussi un tremplin vers soi-même, à partir de cette compréhension de soi-même comme  transformable au lieu de la limite posée.

L'être est "métamorphose" et en cela, sa nature même nous plonge dans l'angoisse de ne pas savoir ce qui nous attend. "Savoir y faire avec son symptôme" c'est aussi accepter la charge d'angoisse qui est inhérente à la confrontation avec l'inconnu du monde, qui est également l'inconnu de soi. Elle est le signe de l'inconnu. Comprendre cela, c'est ne plus appréhender cette angoisse comme une défaite morale, mais comme le signe du renouveau à l'oeuvre.

Le renouveau implique une autre compréhension; que l'ancien moi (ou plutôt l'ancienne idée que l'on s'est faite de soi-même) soit entrain de mourir complètement. La régénération de l'être et de sa manifestation sous forme d'énergie ne peut se produire que par cette réalisation de cette nécessiter de mourir à soi-même de façon permanente. On comprend dés lors, que pour cet ancien moi qui va péricliter, le signe du renouveau soit une défaite morale. Le nouveau moi n'est pas encore arrivé à sa forme, qu'il ne doit pas s'imaginer à l'abri ou dans une durabilité quelconque.

 

 

Au-delà du "moi"

...réalité et fiction

      Inclure le mouvement de mort et régénération du moi, c'est évidemment comprendre qu'il n'était qu'une fiction. L'essence de l'être est Autre et participe d'une autre dimension, d'un au- delà ou la dualité de l'ancien et du nouveau, de naissance et de la mort, de la composition des paramètres du temps, de la durée et de l'instant est embrassée d'un seul regard panoramique.

De même, les limites sans lesquelles l'action à proprement dite ne peut s'exprimer, dans son geste éminemment temporel, doivent être inclues dans une vision large et globale, comme  on le voit bien dans l'exemple de la calligraphie sur la page blanche. Sans la page blanche, la calligraphie ne peut apparaitre et révéler au spectateur sa beauté énigmatique. Sans le geste noir de l'écriture, la page blanche demeure comme une origine inerte ou inactive de sens.

L'existence individuelle contient cette aspect panoramique, car il est certain que ce qui "nous fai"t est constitué de tous ces éléments dont nous ne dirions pas qu'ils font partie de nous-même directement, mais sans lesquels nous n'aurions aucune forme, aucune identité. Cependant, cette identité n'a rien de solide et de durable, comme nous pourrions ou aimerions le croire du fait même d'être composée. Elle n'est pas plus séparée du monde dont elle partage les propriétés représentatives et fictives.

Nous appartenons au monde, au temps, mais aussi à une autre dimension inaltérable et paradoxale. Cette dimension spaciale et non-spaciale, temporelle et non-temporelle, nous en faisons quelquefois l'expérience, au détour de nous même, comme glissant à notre insu, de ce bord auquel nous nous sommes identifié, vers cet océan dépourvu de mesure et de caractéristique. Quelque chose sait, au- delà du savoir, embrassant dans le champ de sa vision les principes opposés dont l'individu se croit le douloureux obligé.

le sujet n'est pas moi Psychanalyse : un cercle ouvert analyse et méditation

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