Revue Minotaure

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Minotaure

  

    Le Minautore se réfère à la légende grecque qui entraine Thésée au coeur du labyrinthe, où vit le terrible minotaure, monstre à tête de taureau, dévoreur de jeunes filles vierges. Avec ce mythe, nous abordons la rencontre avec la partie cachée de nous-même et les risques encourus dans la confrontation avec l'ombre. Ce travail intérieur, si il est salvateur, soulageant, éclairant, peut aussi être l'occasion d'un contact déconcertant, voire déstabilisant avec  une image de nous même incertaine:  énergies,  pulsions,  émotions longuement tues ou enfouies, et de ce fait éloignées de toute activité consciente et civilisatrice. "La bête ensauvagée" en nous, est en effet autant à craindre qu'à souhaiter, car ce sera la porte d'une libération profonde  mais aussi d'une mutation ontologique radicale.

"Minotaure" est aussi une revue de psychanalyse rassemblant  chroniques, écris, recherches et compte-rendus laboratoires des étudiants-analystes des formations " Sentiers cliniques". Le premier laboratoire a eu lieu samedi 21 janvier et faisait partie d'un premier cycle de deux journées de formation intitulées: "l'Oeuvre au noir". Ce premier cycle marque la rencontre expérimentale avec l'Inconscient. Nous avons en premier lieu évoqué les divers théories qui co-existent au sujet de l'inconscient, ou de ce qui peut s'y apparenter dans diverses cultures. En effet, les médecines de l'âme ne sont pas l'appanage de l'Occident, et chaque continent, chaque époque a proposé ses propres "remèdes" pour traiter ou apprivoiser la souffrance psychique. Dans un deuxième temps, chacun à pu exprimer de façon collégiale le récit de sa propre recherche sur les étapes de l'enfance, de son enfance.  Nous avons donc évoqué les différentes notions autour de l'axe du" moi" qui forme le socle, le point de départ de notre descente dans le labyrinthe.

Ce laboratoire a été l'occasion aux analysants de produire des textes à partir de leur recherche personnelle sur les premières années de leur existence, leurs sensations, leurs réminiscences. En tant qu'étudiants de première année, leur travail ne consiste pas à élaborer une théorie, mais d'avantage à rendre compte de leur expérience sentie, telle qu'elle apparait dans le champ de leur perception. 

 

 

 L'Oeuvre au noir

(première année d'étude)

Cycle I. Naissance et petite enfance

 

Texte 1- Ecrit par G. B

Etudiante-analysante de première année

Image inconsciente du corps

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     Je n'ai pas de souvenir de mon corps, enfant. Je ne me souviens pas en avoir eu conscience. Ce thème me met en difficulté, je ressens un vide, une amputation. Je me rappelle avoir joué de mon agilité, de mes muscles; mon corps était instrument de ma créativité, de mes rêves. Je me souviens de quelques douleurs, chutes, égratignures mais sans grande souffrance. Mon corps est fidèle, il répond, il ne flanche que très rarement. Je pense que, comme je l'ai fait pour les émotions, j'ai mis à distance mes sensations corporelles, très jeune. Le but est  de ne pas me plaindre pour être en opposition avec la dynamique familiale. J'ai ainsi renoncé à mon corps. Impossible de situer la conscience de mon corps avant l'âge adulte, avant que je devienne une femme, bien après la puberté. En y repensant, les corps étaient absents à la maison. Pas de nudité, pas d'impudeur. Au contraire, une inexistence du corps par un couvrement excessif: une culotte sous le pyjama, pas de plage, pas de short, pas un bout de chair à l'air, l'été. Les sous-vêtements sont "honteux". Ils doivent être lavés à la main, à part, pour ne pas être mélangés au reste de la lessive. Une suspiscion de sale pour ce qui touche au corps. L'absence dans les mots: pas un mot pour ce qui a  trait au corps. Il est uniquement décrit comme "siège de douleur". Il n'existe que dans cette dimension.

Mon ignorance du fonctionnement physiologique est totale. L'absence de toucher, de caresse, une hygiène minimale (et surtout pas agréable) ont terminé d'éliminer mon corps de petite fille. Rien qu'un visage. En réalité, mon corps n'existait pas, ni dans l'apparence, ni dans les sensations, ni par la parole. Une mortification!  Adolescente, je n'ai toujours pas la compréhension sensorielle de mon corps, une déconnexion. Je laisse garçons faire. Je suis curieuse et à la recherche de sensations. Pas facile à verbaliser. Le plaisir vient plus tard et très progressivement. Je peux dire que je me suis reconnectée à mon corps par mes expériences sexuelles. Une grande étape de plénitude dans mon corps est la grossesse. J'ai vraiment vécu en harmonie ces mois de gestation, la transformation. La conscience de porter la vie m'a rendu plus vivante. A écrire ces lignes, je comprends mieux l'attrait que j'ai éprouvé pour le toucher au cours de ma vie, mes études et ma vie professionnelle. Dans ma pratique professionnelle avec les enfants et dans la vie de tous les jours, j'ai à l'esprit, consctamment, les répercussions des contacts tactiles. Je comprends mieux, je relie les pointillés  . Je reste très prudente quant à ce que je peux transmettre ou recevoir par le toucher, au risque de paraitre distante.

Je comprends mieux aussi ce besoin de toucher mes enfants: des câlins, du peau à peau, du portage, des massages. Ils ont dû ressentir eux aussi, ce besoin. Ils sont restés longtemps dans mes bras. Il me semblait important de leur transmettre la conscience de leur corps. les câliner, les prendre dans mes bras était, au début, à la fois naturel et à la fois un effort. Ce n'était pas un geste spontané.... Je répondais à leurs demandes,  je n'étais pas à l'initiative, c'était un geste réfléchi. Culpabilité. C'est quelque chose que j'ai appris, qu'ils m'ont appris.

Pour revenir à moi, je compense à l'âge adulte le manque de conscience de mon corps au quotidien. J'en prends soin, je le respecte, je l'écoute. Satisfaction, fierté. J'espère aller plus loin par la méditation et la psychanalyse.

 

Texte 2/ Ecrit par Delphine R.

Etudiante et analysante de première année

58689457 les planchers en mosa que d anciennes villas romaines avec des sc nes de la mythologie grecque bata

"Analysantes"

    Nous sommes six, assises autour d'une petite table portant cahiers et crayons. Nous méditons à plusieurs reprises, portées par la voix de notre guide. Nous l'écoutons décrypter les concepts fondamentaux de la psyché. Nous notons ce que notre esprit entrevoit, ce que notre corps aperçoit. Nous nous abreuvons de boissons chaudes et vivifiantes, café puis thé. La pièce étroite nous couve et nous protège, telle un cocon ou une crysalide. La maison est comme nichée( écrit nidée) elle-même au creux de la vallée. Les vents nous portent la bienveillance des prières bouddhistes suspendues dans les arbres. Nous livrons ce que nos parcours de vie ont de plus difficiles et de plus beaux. Nous dévoilons nos enfances, leurs peines, leurs forces, leurs traumatisme. Nous pleurons parfois, aidées et soutenues par les cinq autres, accompagnées par ells au fond de l'âme, jusqu'aux larmes. Nous intervenons avec précaution et subtilité pour accueillir ce qui raisonne. Nos questions sont alors douces et tendrement posées à celle qui souffre. Tour à tour nous mettons à nue notre intimité la plus profonde. D'abord couvertes de pulls, châles, gilets et couvertures; nous nous effeuillons peu à peu cherchant l'essence que nous ne trouvons pas aujourd'hui. Il faut bien plus qu'une journée, si productive soit elle pour se découvrir vraiment. Quant, à regret, je parts, mes appuis ont changé, mon corps désorienté, épuisé. Pourtant mon coeur sait où il va; pour avancer il reviendra. 

 

Texte 3/ Ecrit par Valérie Hautot

Etudiante et analysante de première et deuxième année

Réflexion: "Le jumeau, j'eu maux, j'eu mot"

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    Fibrome, le fibre-homme: tout peut s'effacer car il veut bien naître maintenant, il veut bien être. Il n'y a plus de lien. Il n'y a plus de lieu où être fibre-homme.

Ce refus de m'incarner rend mon corps lourd, douloureux. "C'est tout le contraire qu'il faut être", me sussure t-on à l'esprit. Vivre intensément le rendrait léger, n'est-ce pas ? Qu'ai je envie de détruire ce soir, hier, et peut être demain ? Mon corps dit non; à quoi? Cette fermeture des ailes, pourquoi  toute cette re-tenue..?)Il y a des années, lors d'une séance de psychothérapie, lorsque j'ai vécu ce moment avec ce "jumeau", je voyais le foetus mourir, se transformer en poisson, et disparaitre dans le noir. Je pleurais et je disais : "pardon, pardon, je n'ai rien  pu faire pour le sauver... et moi, je suis en vie, et moi je vais naitre". Il me semble maintenant que je ne parlais pas d'une vrai jumeau, mais de quelque chose qu'il symbolisait. De toute façon je ne saurai jamais. L'ange noir, l'ange déchu. Le verbe, le son, percutent la digue qui se fend. L'amour soulève des eaux. L'ange est au fond de la retenue. Ailes repliées, il refuse. Il attend, rempli de haine. Il guette la lune et le soleil, l'éclipse, l'union du père et de la mère, les gouttes de vie, l'élixir de toute incarnation, il est dans l'ombre te la colère. Il refuse la Trinité.

La pluie tombe sans cesse maintenant. Les fonds grondent. Frissons du fond, les contractions s'accélèrent. Tourbillons de vent, de vent de la terre, de pluie de lune et de soleil. L'ange s'affole, ses pas quittent les empreintes formées par sa ronde incessante de guetteur. Il dérape, glisse, se perd, le souffle court, il refuse l'inéluctable ! Il crie, hurle sa terreur! Il retient la glaise qui déjà s'effrite, glisse.... L'humide arrive. L'ermite refuse encore et encore! Solitude je suis! Solitude je veux rester! Je dois être seul, c'est ma retenue, ma faute, ma fosse, ma punition, mon sacerdoce...

Je suis l'ange déchu, l'ange noir qui doit être seul pour n'avoir pas pu. Je n'ai rien pu faire. Des êtres purs, innocents, sans défense. J'ai assisté sans pouvoir rien faire, à leur mort. J'ai péri moi-même dans la violence, dans la torture. Dieu, je te hais. Pourquoi nous avoir créés ainsi ? Pourquoi souffrir, perdre, mourir, dans d'atroces conditions. Pourquoi faire? As-tu ton compte avec ça??!!! J'ai perdu ma foi. Je suis sombre, noir. Seule "Mère-nature" me console. Rage, indescriptible chagrin. Pourquoi un jour l'Homme veut-il prendre le pouvoir? "Tu nous as abandonné tous! Tu es une horreur, je te hais, je te vomis. ET JE NE VEUX PLUS JAMAIS REVENIR, tu m'entends !!??"

Je vais me retenir. Je ne veux plus m'incarner. RE-FUS.  "RE-SOIS", me dit Dieu. "Noooon!" Solitude et froid intérieur. Puis le feu, la colère, perte dans le sang, désespérance, impuissance. Oui, profonde impuissance. Je n'ai rien pu faire..." pardon, pardon, pardon"... Je n'ai pas pu les sauver; ni ma mère, ni mon père, ni les autres.

Décu de Dieu, de moi-même, des autres, alors à quoi bon? A quoi bon naître? A quoi bon être?

 

Texte 4/ Ecrit par Valérie Hautot.

Ecrit spontané: "sans réflexion, le stylo danse tout seul, l'encre coule toute seule""

"La face cachée"

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    La face cachée de la lune, toujours dans l'ombre n'a pas le droit au Soleil, au père, à sa lumière, à sa chaleur... Elle tourne autour de la mère, la Terre; mais n'arrive pas à tourner sur elle-même. L'attraction l'en empèche. Ell a tout un coté froid, gelé, seul, triste et apeuré. Elle est coincée entre la mère et le père, la, Terre et le Soleil. Elle croit qu'elle ne peut pas se détacher; que c'est immuable, écrit, que sa place est là. Et si elle s'en allait, que dirait-on ? L'ordre du monde en serait bouleversé et un vide serait comme un trou noir, dangereux car vide et inconnu...

Ne rassure t-elle pas tout le monde  à être toujours là malgré l'inconfort ? Ses cycles sont immuables, prisonniers du Grand Manitou qui orchestre, impitoyable, tout ce joli manège.

La mère l'attire et le père la repousse; mas la mère l'empèche de regarder le père, et le père est trop loin. Il est inaccessible. La lune a honte. Elle se cache. Elle ne comprend pas ce manège. Elle est très triste et ne veut plus qu'on la regarde. Elle veut être seule et tranquille, et se cacher pour pleurer. Car elle le sait, le père ne veut pas d'elle, et la mère est tellement belle ! Elle, de qui le soleil éclaire les deux faces.

Alors la lune se met à détester sa face cachée, ignorée. Elle ne fait voir qu'une partie de sa beauté, honteuse du reste sombre, rejeté, froid, solitaire, amer.....à mère. Et telle un manège, elle tourne autour de la mère, loin du père. La mère fait de l'ombre. La vie n'est pas possible avec si peu de rayonnement. Alors, elle s'efface, puis revient, espérant....puis déclinant, elle s'efface à nouveau...désespérément déçue; et, petit à petit, elle perd à nouveau la face...

Face à face ? Mais avec qui ? Et quelle face ? Qui un jour va se mettre en face, de l'autre face ?

Faites qu'un jour il fasse soleil sur son autre face, afin que s'efface les traces de l'amer-de-la-mère; afin que la lune s'éclaire à nouveau de toutes ses faces. Que plus jamais elle ne s'efface et qu'un jour, à son tour, elle puisse être mère. 

 

 L'Oeuvre au blanc 

Deuxième année d'étude

Cycle I. Aligner

 

 

Texte 2 / Sylvie Boucher

"Obsession quand tu nous tiens"

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  Dés le réveil, que ce soit de bon matin ou après une grasse matinée, alors qu'on y pense pas encore consciemment, le "moi obsessionnel" est déjà au "garde-à-vous": "Qu'y a-t-il à se mettre sous la dent aujourd'hui ? " "Il" trouve très vite de quoi se nourrir. Il n'a pas besoin d'aller bien loin, le "moi angoissé" est lui aussi sur le pied de guerre, entrain de le chercher. Et oui, il ne peut pas se passer de lui ! Le dialogue est très court:

-"Bon, ça ne va pas. Je suis très angoissé, j'ai besoin de toi sinon j'explose ! "- "Bon, Ok, ok, du calme. Tu sais bien que tu peux compter sur moi ! je suis toujours là pour toi. Toi et moi, on est inséparable. D'ailleurs, je m'y mets tout de suite."

Le "moi obsessionnel" a plusieurs cordes à son arc. Là, dans l'immédiat, il va compter. Oui, vous savez: 1,2,3,4....et puis il ne s'arrête plus. Parfois, il le fait sur l'air d'une chanson, ça donne un rythme. Et là, "le moi angoissé" commence à respirer, à soupirer même. L'angoisse s'éloigne... oh, elle n'est pas bien loin, et si le compte s'arrêtait, elle réapparaitrait aussitôt. Le "moi raisonnable" regarde ce petit manège du coin de l'oeil, désapprobateur: "Qu'ont-ils encore inventé ces deux là ? En plus, ça ne sert strictement à rien; ça ne résout rien. Si le "moi idéal" apprend ça, ça va barder!"  Justement, ce dernier, attiré par le bruit du compte lancé par le "moi obsessionnel" arrive avec majesté:"-Que ce passe-t-il encore ? Vous n'avez pas bientôt fini avec ces enfantillages ? Quand allez vous enfin grandir ?"  On ne peut pas dire qu'il soit très compréhensif...évidemment, ce n'est pas vraiment son rôle, et d'ailleurs, il y a un "moi" dévolu à  cela. Le "moi-idéal" est plus grand que les autres. Au moins une tête de plus. C'est lui qui dicte sa loi. Il faut être à la hauteur. Il en devient en général, complètement tyrannique. Il dirige tous les autres "mois", à la baguette. Ses directives sont une longues liste de "il faut", de "tu devrais", de "ya qu'à". Le problème, c'est que tout cela ne résout rien non plus. Plus le "moi idéal" exige, plus le "moi-angoissé" s'angoisse: "je ne serai jamais à la hauteur" se dit-il. Alors, il appelle le "moi-obsessionnel" à la rescousse. Et le cercle vicieux continue. C'est le serpent qui se mord la queue... Parfois, il se la mord tellement fort que le moi idéal en a la nausée. Dans ce cas là, le "moi-obsessionnel" trouve un autre terrain de jeu. Pour être plus précis, un terrain de "jeu de golf".( Pour gagner, il faut éliminer toutes les cartes disposées aléatoirement les unes sur les autres, grâce à un sabot, selon les suites numériques et ce, quelle que soit la couleur. L'ordinateur est nécessaire). Alors, il demande un petit coup de main au "moi-menteur". Celui-ci va alors servir un petit boniment du genre -"Juste une demie-heure", "-Non, non, pas plus!" au "moi-raisonnable". Il va éventuellement se faire aider du "moi tentateur"...et, ça marche à tous les coups!

Et là, c'est parti. Le "moi-obsessionnel" joue sur du velours. Le "moi-angoissé" se calme...et ça dure, et ça dure. A chaque fin de partie, le "moi-des-résolutions" promet d'arrêter, mais le moi obsessionnel" est plus fort, bien plus fort. Il est super musclé, alors que le "moi des résolutions" a l'air plutôt d'un gringalet. Et ça dure, ça dure.....

Le "moi-idéal" tente de remettre de l'ordre dans tout ça, mais il est submergé par le nombre de "moi" ligués contre lui. Et encore... ils ne sont pas tous de sortie! Il vit un véritable enfer. Dans son désarroi, il bloque toutes les commandes. L'esprit ne répond plus, il est comme paralysé; il tourne en boucle. Il est prisonnier du "moi-obsessionnel" et de toute sa "clique". Le corps lui-même reste collé sur son siège, devant l'écran. La nausée monte. Le "moi-idéal" complètement écoeuré gémit de tristesse:il veut sortir de là ! Mais la porte de l'esprit reste fermée, la conscience est derrière et n'arrive plus à le joindre. Et la nausée monte encore d'un cran. Et le pire de tout dans cet enfer, cette "mort intérieure" c'est que l'angoisse est toujours là, comm baillonnée, muselée, mais toujours là.Puis soudain, tout s'arrête... Le "moi-idéal" a sorti sa dernière carte et ça a fonctionné. Il a appelé le "moi-qui-se-déteste" à la rescousse. Evidemment, cela ne lui plaît guère mais c'est la seule solution pour stopper l'engrenage. Alors le "moi-qui-se-déteste" jubile. on lui apporte tout cela sur un plateau; il s'en donne à coeur joie et ne boude pas son plaisir surtout quand "le moi-qui-se-sent-coupable" le rejoint. Celui-là, on se passerait bien de sa présence...il traine toujours dans les parages, prêt à se mêler de tout. Du coup, le "moi-idéal" ravale un peu sa morgue. Profil bas! Ca lui change. Il croise le "moi-responsable" qui en rajoute une couche. Comme si c'était le moment....

Le "moi-qui-déprime" qui a connu son heure de gloire en son temps, en profite pour pointer le bout de son nez. N'y a-t-il pas là une opportunité à saisir? Peu-à-peu, la nausée diminue. le "moi-des-résolutions" en prend de nouvelles. Normal, c'est son job. Le "moi-idéal", quant à lui, se redresse mais reste encore discret. Il faut dire qu'il s'est pris une bonne claque. Et puis, le "moi-qui-déprime," ayant finalement passé son chemin, son copain de chambrée, le "moi-triste" fait une apparition. Pas pour longtemps; car le "moi-idéal" qui essai de récupérer son prestige a convoqué le "moi-en-colère". Au milieu de tout ce capharnaüm arrive alors celui qui va peut-être apporter un peu de lumière à tous ces agissements désordonnés: le "moi-détective". Celui_là se fait souvent oublier. Il passe, invisible, silencieux. Il prend des notes. Et là, cette fois, son carnet est plein. Il est temps d'intervenir. alors qu'il s'avance, les autres "moi" se retournent et le regardent du coin de l'oeil. certains demandent: "- C'est celui là ? Encore jamais vu." "-Mais si, tu sais bien, il est déjà venu, chez le "moi-qui-cherche-des-indices et des signes". "-Ah....c'est un empêcheur de tourner en rond, quoi ! " -Parce que toi, tu trouves que ça tourne rond ?"

Le "moi détective" intervient alors en demandant le silence et l'attention de tous les "moi". Pas si simple. Il y a un des ces boucan là dedans ! Les pensées véhiculées par les "moi" se bousculent et fusent dans tous les sens. Pour calmer ce petit monde, le "moi-détective" fait appel à un moi inhabituel: c'est un petit nouveau,cela ne fait pas très longtemps qu'il est arrivé dans le coin. "je vous présente le "moi-qui-médite", il va aider à ramener le calme. Vous allez tous respirer lentement avec lui et lorsque tous les protagonistes ici présents  se seront tus, je pourrai commencer mon interrogatoire."  Les "moi" recommencent à s'agiter: "-Quel moi interrogerez vous en premier? " "-Aucun de vous". C'est à l'esprit que je vais m'adresser. J'espère qu'il voudra bien me répondre. Il faut , avant tout que j'établisse la communication, dans le plus grand silence."  "Et quelle question allez-vous lui poser ?" demande le "moi-curieux". "C'est très simple, la cause de tout ce "remue- méninges" provient du "moi-angoissé". Alors, ma question sera: BON, C'EST QUOI CETTE ANGOISSE ? "

 

Ps: Voilà comment une obsessionnelle parle de ses obsessions, en suivant, fidèle à sa névrose un chemin obsessionnel, le "fil d'Ariane" de tous ses "moi" qui conduit, comme chacun sai, à la salle du Minotaure.   

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Compte rendu de l'après-midi laboratoire 2

(1ère et 2ème année réunies)

Samedi 18 février 2017

Les écrits techniques de Freud (Séminaire I-Jacques Lacan et J. Alain Miller)

 

   J'avais aupréalablement demandé aux étudiants de visionner  l'excellent film de Gérard Miller:" Rendez vous chez Lacan", que l'on peut trouver librement sur Youtube. Sur le tableau, la phrase  : "Ce qui génère et nourrit la culpabilité, ce n'est pas le mal, c'est le bien". Je dois ajouter qu'au départ, et d'une façon approximative, selon mon souvenir j'avais plutôt noté: "le problème de la culpabilité, ce n'est pas le mal, c'est le bien".  C.P me fit remarquer que la formulation  n'était pas" la bonne, ni qu'elle fut de Lacan; et "elle me lut  "la bonne" telle qu'elle est citée par Lacan à partir de Freud dans le film de Miller. Cela introduisit de façon excellente la teneur de cette conversation qui fut de grande qualité, tenue par une grande attention collective, mais aussi assez libre pour que que se révèlent les inconscients, leur réalité symptômatique, créative, et parfois complètement barbare. 

Ce laboratoire réunissait 8 étudiantes, 4 du groupe de première année et 3-4 du groupe de deuxième année, l'une d'elles suivant les cours de première et de deuxième année simultanément, du fait de son expérience déjà importante de thérapeute, son métier. Les étudiantes de deuxième année s'étaient installée du même coté de la table, à ma droite; de sorte qu'elles faisaient face aux première année, dans un style "western spagetti". Je leur fis remarquer cette disposition, ce qui généra une sorte de "désapprobation", et une tentative de justification très explicite de la défense inconsciente à l'oeuvre. Cela révélait peut-être la rétiscence naturelle de ce qui est ancien à intégrer ce qui est nouveau, tendance conservatrice  et territoriale de la nature face à sa propre pulsion destructive, qui est aussi créative;  ou/et la tendance naturelle de démarquer d'une façon ou d'une autre celui  qui croit savoir de ce celui qui croit ne pas savoir. Les corps, les déplacements dans l'espace, les répartitions en disent long, même si ce "long" peut-être servi par des interprétations plurielles. Le corps est langage et ce langage symbolique peut être lu comme "quelque chose qui a du sens", une image cachée au premier regard, qui tiendrait d'une totalité formelle et qui serait peut-être à situer du coté de la vérité. 

Ce laboratoire avait des objectifs implicites. Le premier  était la possibilité d'ouvrir un espace où, sous couvert de discussion, les inconscients se trouveraient en contact avec les conscients.."à l'insu de leur plein gré", pourrais je dire, pour parodier l'ancien gimmik des gignols de l'info. Je tenais à garder le style de Lacan: vivant , parlé,  et en réseau , comme méthode d'investigation, afin d'amener les étudiants, l'air de rien, dans le labyrinthe, et de mettre les inconscients au travail. Il s'agissait aussi, dans ce lieu d'échange, de favoriser les interactions libres ( autant qu'il est possible de le faire) ainsi que l'alchimie des expérimentations collectives. Ce ne fut, de ce coté là, pas décevant. Evidemment, c'était également envisager et permettre toutes sortes de soulèvements possibles, du plus profond et entendu, au plus pauvre de sens, en passant par toutes sortes de projections non reconnues comme telles et proliférant dans leur férocité.

Le deuxième objectif était de revisiter les notions concernant les formations de l'inconscient, déja évoquées dans les deux rencontres précédentes, telles qu'elles sont proposées chez Freud et Lacan. Nous avons entâmé le débat par la question de refoulement. Qu'est-ce que c'est donc ?    G.B proposa une analogie, dans un style spontané, propre à l'inconscient :" Cela s'élève des égout et ça pue",  ce qui donna l'occasion d'essayer d'entendre la phrase autrement ....en tous cas d'envisager la langue sous un aspect, inédit, par son revers, à partir de sa sonorité. "Cela se lève-degout et ça a pu ...."( par exemple )

Nous avons ainsi pu débattre à bâton rompu sur bon nombre de notions, autorisant les préconceptions du ouïe -dire à se frotter aux dialectiques mouvantes des psychanalystes.  

Dans un autre temps, je proposai que les étudiants de première année commentent un des photomontages produits l'année dernière par "les deuxième année". S.B, de deuxième année avait consenti à donner en pâture son travail aux regards, non sans une certaine rétiscence qu'elle avait surmontée grâce à la compréhension que l'exercice pourrait lui procurer un indice supplémentaire de lecture de son travail. Il s'agissait en premier lieu que les première année expriment leur ressenti de l'objet sans élaborer une interprétation, sans émettre un jugement ou un passage par le champ symbolique. Leur "ressenti", dans le sens de l' observation des phénomènes s'élevant sur le champ de leur conscience-corps, à ce moment de contact avec l'objet. Il fut clair au début que ce "ressenti"  était encore confondu avec l'élaboration interprétative ou l'idée qu'il s'en étaient fait de part leur engagement dans l'étude du discours psychanalytique .Plus les étudiants  s'avançèrent néanmoins dans l'exercice, plus ils parvinrent à différencier avec clarté et reconnaissance ces deux fonctions: L'affect, l'éprouvé  et le processus de conceptualisation.

Pour les première année, l'enjeu est en effet d'avantage de se situer du coté de l'expérimentation du contenu perceptif, et de l'expérimentateur en tant que contenu dans le champ perceptif. "L'Oeuvre au noir" étant une plongée, une immersion dans l'inconscient, à l'épreuve de cette clarté mise sur  l'éprouvé des affects comme base d'une vue plus panoramique par la suite.

Pour les deuxième année, offrir un objet (produit il y a plus d'une année et partiellement oublié) , c'était l'opportunité d'observer, sans s'en tenir captif ou en s'en sentant captif, le jeu des projections, de l'emprise sur soi de ces jugements ou de ces réactions, tout à fait apparentées au transfert. Pour les deuxième année, passée par l'oeuvre au noir, et le récit de leur traversée, il est cruxial qu'ils puissent différenciér les deux étapes du travail, mais aussi ce qui se joue à propos de l'identification à l'objet, dans ce qui constitue l'investissement libidinal.

 

 

Ateliers du Cycle II-Mars 2017

Session 1(groupe 1)

Textes

Sandrine C.

" Première journée atelier "
( Entrevoir le rôle de l' idéal du moi et du Surmoi-dans l'image de soi  )

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    Assise devant toutes ses grandes dames, je me sens petite, immature, avec des pensées morcelées et honteuses, sans vrai chemin de vie à raconter. Mais une force me tient, ce courage de combattre, de ne pas fuir, m’aide (et m’a toujours aidé). Je sais que je suis à ma place dans cette formation, bénéfique pour mon ascension personnelle…et ma guérison. Une pensée de temps en temps vers ma fille, en moi, à qui je lui souhaite de tirer profit de ces moments d’étude en groupe de femmes.
Écrire sur son enfance est un exercice difficile, étant plus sportive que littéraire…me voilà dans une première secousse. La deuxième secousse fut de relater mon enfance de manière claire, précise, authentique…bien sur ce fut impossible. Et là, je lâche les brides, et mes larmes prennent le dessus, remplissent mon visage, je lâche mon contrôle, tout mon être dévoilé, j’aurais pu pleurer pendant des heures…


 

"L’après coup de l’exercice de photomontage au sujet de ma mère"

 
    Être gentil, honnête, bon, solidaire, donner, suivre le code moral, être positive, être sportive, bien manger, croire en soi, ne pas faire de mal…j’étouffe maman, je ne veux pas être sans bosses, sans vagues, sans moi…je veux combattre moi aussi comme les hommes, je veux vivre librement, aimer mes enfants, boire quelques bières et danser à tue tête, montrer mon visage, prendre soin de mon moi authentique, être vivante…apprends-nous la vie et ses souffrances, et détachons-nous enfin de la société ! Nous leur en donnerons encore plus !

 

 
"L’étude du jour (que j'ai envie de compléter..pas finalisé)"

 

    Qui je veux repousser ? Tout. Pourquoi je repousse ?
Et ce prénom chargé de désirs et de projections parentaux...
Comment je repousse ?
Rester maigre, triturer mes boutons du visage, ne pas répondre aux appels de liens potentiels, saboter mes projets, ne pas assumer mes besoins érotiques et de séduction...
Qu’est ce qui m’empêche de m’ouvrir au monde, aux autres et à moi-même ? Je revêtis mon costume de Sherlock Homes, j'enfile mes chaussures de l'inspecteur Gadget, et je mène l'enquête de jour comme de NUIT.

 

             

              

 

 

Cycle I session 2 -Mars 2017

Groupe 2

 

Albane Bervas

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"...Du chemin et des liens"

( Une réflexion sur le deuil et la transformation intérieure ) 

 

Il a toujours été difficile pour moi de parler du chemin qui me conduit au résultat. Déjà à l'école, dans mes démonstrations scientifiques, suivant mon raisonnement, je trouvais la réponse juste mais j'avais du mal à revenir en arrière afin de mettre en lumière le chemin emprunté, la démonstration mathématique se terminant classiquement par un « CQFD » (ce qu'il fallait démontrer). « Paresse » selon les professeurs ou encore « coup de chance » ! Peut-être... Aujourd'hui encore, je transmets avec aisance le résultat de mon travail intérieur à travers mes activités autour Des Chevaux et des Hommes (notamment les ateliers) mais je peine à écrire le chemin qui m'a menée à cette mise en œuvre, à décrire le fil de mes idées. Alors que Violaine m'exhorte à écrire dans le cadre des Sentiers 8 Cliniques, j'ai du mal à comprendre ce qu'elle attend. J'avance mais je ne sais pas (ou n'arrive pas à) me retourner pour observer le chemin parcouru. Des excuses toutes aussi valables les unes que les autres m'aident à justifier ce manque d'enthousiasme à regarder en arrière : il est trop tôt, je manque de recul ! Pas besoin d'écrire sur le chemin puisque je suis arrivée ! Je n'ai pas le temps en ce moment. De toutes façons, ça n'intéressera personne... Tous les petits « moi » y vont de leur refrain pour éviter cet effort (tiens, les professeurs avaient raison, la paresse n'est pas loin!).

Or c'est bien à ce cheminement intérieur que s'intéresse la psychanalyse ! Car si la personne se trompe ou se perd, c'est bien sur ce chemin que se trouvera l'erreur (la souffrance, la maladie) et le moyen de la rectifier (le bonheur, la guérison). Psychotique : personne perdant le contact avec la réalité, personne incapable de faire des liens entre son monde intérieur et la réalité extérieure... Ouh là... Ca pourrait être mon cas avec cette difficulté à faire le lien entre mes idées (intérieures) et leur mise en œuvre (extérieure). OK. Cette fois, j'essaie de remonter le fil d'Ariane... Question de survie . Avant d'écrire sur le lien Homme – Animal (ce que j'avais commencé) et sur ce que peut apporter cette relation sur un plan thérapeutique, je vais donc essayer de décrire ce qui m'a menée à ces conclusions. A la recherche d'une accroche, d'un point de départ dans la pelote des élaborations mentales...

Mon chien est mort il y a 8 jours. En même temps, ma vie affective et professionnelle prend un grand virage. Mon compagnon m 'écrit : « Tous les changements, même les plus souhaités, ont leur mélancolie car ce que nous quittons, c'est une part de nous-même. Il faut mourir à une vie pour rentrer dans une autre... » Je lui réponds : « Oui, c'est bien ça... et pour moi, à chacun de l'un de ces grands changements, l'un de mes animaux meurt... » Lui : « Oui, je trouve ça dur ! Quel karma Madame, tu devrais écrire là-dessus. » Moi : « J'ai encore très peu écrit dessus. Juste observé... Le symbole prend chair (et cher!)... A creuser (creuset)... » Me voilà donc lancée.

Et pour commencer, 2 citations sur lesquelles m'appuyer :" Pour les hommes dont la survie est étroitement liée à la nature, tout est symbolique. Tout a un sens"( David Lewis William, à propos des Bochimans d'Afrique du Sud) "Notre mort illumine notre vie. Si notre mort manque de sens, c'est que notre vie en a manqué"'( Octavio Paz).

La mort de mes animaux a toujours eu un sens. Elle est toujours survenue au moment de grands changements dans ma vie. Après une trentaine de déménagements en 38 ans, j'avais plutôt appris à ignorer les « petits » deuils liés au départ, à les occulter pour ne pas trop souffrir. Mais par la douleur aiguë qu'elle génère, la perte d'un compagnon à 4 pattes traverse la carapace et me rappelle à la réalité de ce qui se passe là, en ce moment, dans ma vie. Elle met le doigt sur le changement, sur la part de moi que je laisse derrière. Elle m'incite à reconnaître, vivre et honorer le deuil, tant celui de mon ami perdu que celui de ma vie changeante. Le deuil permet le lien entre l'avant et l'après. Plutôt qu'un enchaînement de situations successives, la vie devient une continuité, un tout, une suite logique. La mort de l'un de mes animaux constitue donc un repère pour que je remarque le changement dans ma vie, pour que j'effectue en conscience la transition, sans rupture entre l'avant et l'après, sans peur de souffrir ; bref pour que je fasse le lien, que je ne me perde pas.( CQFD )

Conclusion: De même entre la pensée et l'action, la description du cheminement permet de mettre en lumière et en conscience le lien entre le monde intérieur et la réalité extérieure. Car c'est bien le chemin qui crée le lien entre le point de départ (mon idée intérieure) et le point d'arrivée (la réalisation, l'incarnation de mon idée dans le monde extérieur). Et voilà pourquoi il est si important de cheminer en conscience : afin de ne pas se perdre ; pour qu'en cas d'impasse, un retour en arrière jusqu'à une bifurcation et un nouveau chemin soit possible. Ouf, j'en suis quitte avec la psychose … (pour cette fois !)

 

 

 

"Qui suis-je aujourd’hui ?"

Sylvie Boucher

Achichokyidolma

 

     La même qu’avant en fait. A une différence près. Je suis ce « moi » d’hier devenu plus conscient, plus ouvert. C’est cela ; du du moins, il me semble.J’étais recroquevillée sur moi-même ; au point de ne pouvoir me voir vraiment ; au point de ne pouvoir voir « l’autre ». Cet autre au fond de moi.  C’est peut-être une question de vision au fond. Je suis allée voir ce « fond » de plus près, pour rencontrer cet autre-là. Quand je me regardais, je ne voyais que mes qualités ; bien sûr, je savais bien que j’avais quelques défauts, mais si peu, ou si minimes. Par contre, je percevais fort bien les défauts des autres, des autres en face de moi. Et constatant, avec quelque effarement, à quel point ces derniers occultaient cette partie d’eux-mêmes, je m’empressais de leur en faire la démonstration, essayant même de les pousser à changer, afin qu’ils correspondent à ce que je voulais qu’ils soient.Le « moi » d’aujourd’hui a compris que le changement commence par soi-même. Ce ne fut pas sans mal. Il fallut avant tout renoncer à certaines illusions pour aller voir « l’ombre » en moi. Que voilà une chose difficile. Ah, bon… j’ai une part d’ombre… Enfin, je veux dire, cela existe  réellement chez moi ? je ne suis pas que lumière !
     Passer l’acceptation, prendre son courage à deux mains, voire à quatre, et commencer le pénible chemin qui s’enfonce, touffu, broussailleux, plein d’embûches, au plus profond de soi.Ma curiosité naturelle m’a bien soutenu durant ce parcours. Qui étais-je vraiment ? Il me semblait nécessaire de me confronter à mes difficultés, à mes résistances, afin de parvenir à regarder sans jugement, et même si possible avec compassion, l’être qui se cachait derrière le masque. Bas les masques ! Ose te montrer ! Ose être !

     Regarder sans complaisance derrière ce masque. Je dois bien reconnaître que j’en ai bavé. Surtout au début en fait.Les premières prises de consciences furent douloureuses. Oh, ça fait mal de voir qu’on est soi-même égocentrique, orgueilleux, égoïste aussi, qu’on est rempli de peurs, d’angoisses, embarrassé de culpabilités, de jugements, d’agressivités, de souffrance ; qu’on ne sait pas voir l’autre en face, ni l’écouter, encore moins l’aimer… Et j’en passe… Et pas des meilleures. Peu à peu, on s’habitue à ce déferlement de mauvaises nouvelles et on arrive même à se regarder dans la glace sans (trop) se détester. Peut-être même commence-t-on à s’apprécier.C’est étrange cela. On ne se raconte plus d’histoires, enfin, on s’en raconte un peu moins. On lève le coin du voile de l’illusion et de l’ignorance et on constate alors, avec une émotion certaine, que l’on souffre moins. Cela procure même quelque chose qui ressemble, de temps en temps, à une certaine sérénité. Ce n’est déjà pas si mal, tout ça.

     Ce chemin que l’on suit ainsi, pour moi, c’est celui de la conscience… Ainsi, ce « moi » d’aujourd’hui accepte d’être fait de lumière ET d’ombre. Et ayant davantage conscience de cette dernière, il la met en pleine lumière.C’est un tel soulagement. Je suis comme tout le monde, je n’ai rien de spécial ; je ne suis ni pire, ni meilleure.J’accepte cela et le regarde avec bienveillance. J’arrive aussi à le montrer aux autres. Et je souffre moins. Je suis plus sûre de moi, plus ancrée, plus droite et plus solide.Evidemment, ce « moi » d’aujourd’hui a encore beaucoup de chemin à parcourir.Il n’en demeure pas moins que, grâce à tout ce travail et à la détermination que j’y ai mise, une porte s’est ouverte en moi. Celle de la Conscience. Je l’ai un peu entrebaillé et comme je suis un tantinet obsessionnelle (cet aspect est développé dans le texte suivant), j’espère bien réussir à l’ouvrir de plus en plus. Sans compter qu’en m’engageant sur cette voie, j’ai reçu un cadeau, auquel je ne m’attendais certes pas : un début d’acceptation de ce que je suis,  Ce n’est, là encore, qu’un début. Mon cœur commence à s’ouvrir.

     Alors je peux envisager de commencer à accepter l’autre, cet autre qui est en face de moi. Et pourquoi pas, commencer à l’aimer, parce que cet autre, c’est moi.

 

                                                                                          

 

 

 

CYCLE II, session 1, avril 2017

Groupe 2

"Relier"

 

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   Après un premier cycle très théorique où nous avions commencé d'étudier les fondements de la psychanalyse freudienne et Jungienne, ce deuxième cycle introduit à un travail pratique, où plutôt une sorte de "jeu", où la pénétration dans le labyrinthe est ici mise en scène et symbolisée. Ici, le plus important est de rentrer en contact avec la part inconsciente, primitive, en favorisant l'émergeance d' espaces de non-pensée . Je m'en réfère pour la préparation du travail aux techniques propres aux voies initiatiques, aux rites de passage notamment.Nous entrons dans la forêt intérieure pour laisser remonter les pensées, les sensations, les imaginations qui viennent spontanément ou non s'imposer à nous dans la formulation d'une intention.Aupréalablement, chacune avait tiré au sort un rôle à tenir et des instructions servant de cadre à cette plongée dans la matière première. 

 

 

Texte de Chrystel Proust

Deuxième année

"L'éclaireur"

 

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            Je me décide enfin à prendre le clavier pour mettre des mots sur ce chemin de formation les sentiers8cliniques entamé depuis septembre 2015. Il m'aura fallu vivre un moment incroyable pour trouver l'énergie de l'écriture. La première année fût pour moi une rencontre avec ma personnalité, elle m'a permis de comprendre sur quoi je m'étais fondée, quelles étaient les idées que j'avais gravées en moi mais qui ne m'appartenaient pas, comment j'étais persuadée de ne pas pouvoir faire autrement. Et surtout pour finir, entrevoir qu'il était possible de prendre les rênes de sa vie en  main.C'est un peu succinct comme résumé mais l'idée est de dire que cette première année s'est surtout concentrée dans un face à face avec moi-même!      Nous avons commencé cette deuxième année par des concepts théoriques des fondements de la psychanalyse. Concepts compliqués mais tellement intéressants, je me trouve beaucoup de lacunes en connaissances générales pour tout comprendre, mais Violaine m'explique que nous avons  toute l'année pour travailler ces notions, je m'accroche, je prends confiance, je m'installe dans cette soif de connaissance, toujours sans bien savoir comment j’intégrerai cela dans ma vie.   Quand j'arrive à la session d'avril je suis un peu désemparée à cette session car je viens d'apprendre un nième refus en réponse à une candidature de formatrice. Je me sens perdue entre une grande déception et un soulagement. Je ne comprends plus le décalage entre mon ressenti corporel et mon inquiétude mentale. Je viens avec détermination à cette journée car je suis convaincue, par expérience que ces journées de formation m'aident beaucoup. Ainsi, le 16 avril, à la veille de mes 50 ans, Violaine nous propose un exercice pratique sous forme de jeu de rôle. J'aime beaucoup l'idée qui me rapproche de mon hobby favori : le théâtre d'improvisation au travers du clown.

            Violaine commence par nous faire tirer au sort une direction qui sera la notre. Je suis l'Ouest, je suis très touchée par cette carte, très belle.  Je remarque immédiatement le symbole du 3ème œil, le soleil, puis l'arbre bien enraciné. Côté mot je retrouve mes compagnons de toujours que sont le rouge et le feu. Je ne fais pas de liens immédiats sur la sagesse discriminante et l'attachement mais je ne suis pas surprise par ces mots. Violaine nous explique que nous devrons organiser une sortie dans cette direction avec l'ensemble du groupe, je pense immédiatement au châtaignier bicentenaire de Lugos.... à suivre.  Ensuite nous avons tiré au sort notre mission, je serai l'éclaireur. Là encore, Violaine nous a gâté de ses dons artistiques et a calligraphiés sur un parchemin de superbes textes. Nous sommes gâtées, tant de beauté crée l'ambiance et à la fois le sérieux et la légèreté de cette journée. Je ne comprends pas tout de ma mission à la première lecture mais décide de faire confiance et de me laisser porter dans le jeu. Je la vivrai au moment venu. Violaine nous accompagne donc vers sa forêt initiatique, nous marchons vers une clairière et après s'être enlacées toutes les cinq et avoir repérée notre direction, nous sommes parties à l'envie accomplir notre mission. J'ai commencé par m’asseoir pour relire ma mission d'éclaireur.

            Je retiens que je dois entrer en courant dans le bois vers l' ouest, y trouver le symbole d'un passage entre deux mondes, demander l'autorisation de pénétrer dans ce nouveau monde et y prélever trois objets symbolisant ce qu'il reste à faire pour chacune d'entre nous. Visualiser ensuite un A qui sort de mon cœur, le retourner en une coupe pour y dissoudre ces objectifs et boire la coupe. Je me rendrai compte plus tard que ce n'est pas tout à fait cela mais c'est avec ces idées en tête que je suis entrée dans la forêt.  Je commence ma course et me trouve en difficulté, la végétation est entravante. Les ronces, les genêts, les fougères m'empêchent de me précipiter de l'avant comme je sais si bien faire habituellement … Je m'arrête quelques minutes et commence à me dire que la forêt me révèle mon état d'esprit du moment : je suis emmêlée … je commence à me dire que je suis au pays des emmêlés, avancer est difficile, se piquer sans cesse retenue avec les ronces. Je ralentis et observes mieux où je pose mes pieds. Encore une fois mon élan se retrouve freiné, je dois ralentir et me mettre à calculer mes pas.  J'aperçois un pin avec une branche à l'oblique du tronc, formant un triangle sous lequel je pourrai passer … Est-ce une porte ? Je m'approche et demande l'autorisation de franchir ce pin. J'entrevoie des aiguilles oscillées imperceptiblement. Je décide d'entrer. Le sol est plus dégagé, la marche est aisée. Je suis soulagée de me sentir plus libre de mes mouvements. Je regarde autour de moi et je ne vois que des pins, malades de surcroît. Tout me semble uniforme, froid, gris, hostile. Je me dis alors : c'est impossible que l'autre monde soit ici, je suis chez les « tout-pareils ». Je ris de ce parallèle car je me vois clairement tenter de coller à l'image politiquement correcte dans la société des humains, tout comme ces pains mis ensemble par la main de l'homme et du coup tout gris, malade, tout triste … Je me remets à avancer vite, je veux sortir de ce monde des « tout-pareils », il y fait trop froid, c'est lugubre.  Après quelques centaines de mètres, je me stoppe et regarde devant : « Waouh !! » c'est beau !! il y a un petit terre plein, la lumière pénètre bien la forêt, les essences d'arbres sont diverses : chênes, charmes, pins et châtaigniers cohabitent et créent ensemble une atmosphère enchantée. C'est ici, je regarde de droite et gauche pour trouver la porte. Sur ma droite, une branche de chêne horizontale à 1,50 m du sol. Je me présente, demande l'autorisation et voit les feuilles tremblées franchement devant moi. Je vois à quelques pas deux arbres réunis par une grosse racine hors sol, recouverte de mousse : un petit banc tout beau, tout doux.  Je pose mes affaires et je m'assois. Je profite de l'instant, les odeurs, le calme, la beauté du lieu. Je tourne la tête et me retrouve nez à nez avec un bourgeon de feuille de chêne qui me dit « Fais comme moi prends le temps et déplies-toi, grandis et autorises toi à fleurir », je prends des notes. Je suis dans un état d'euphorie proche de mon état de clown. C'est à dire que mon corps me guide, je le suis, je ne réfléchis plus. J'écoute et j'accepte. Je marche autour de l'arbre douillet, plus ou moins à la recherche d'une croix persuader de devoir trouver la foi … je marche et ne trouve que des branches à multiple rameau avec plein de Y reliés les uns aux autres, j'entends « Réunis tes savoirs et donnes leur le sens du tronc commun pour trouver le chemin qui les unira et te rassemblera. » Je reviens alors près de l'arbre pour noter ces mots. Je repose mon cahier et mes yeux tombent sur une pomme de pin étêtée. Elle me souffle : « prends-moi avec toi, fais de moi ta coupe où tu pourras recevoir tes dons, collectes tout ce qui t'es offert ». Je suis toute joyeuse à ces découvertes, je trouve cela très beau. Les messages résonnent en moi et me donne espoir. Je savoure cette sensation de bien-être, être sans retenue, se laisser porter par l'imaginaire, le féerique.

            Je me recentre et me concentre sur Albane pour trouver ses messages, je me lève et pars droit devant. J'allais marcher sur une grosse touffe de mousse quand j'ai perçu : « Offres à Albane ma douceur, montres lui  mon joli vert et fais lui caresser mes pousses toute douces ». J'ai collecté ce morceau de mousse et suis allée noter. Puis reprenant la même direction, j'ai dû enjamber des petits obstacles, qui était en fait du marcottage des arbres alentours, les franchir était aisé. Ils étaient eux-aussi recouverts de mousse. Il m'ont montré comment passer le pas, et puis franchir ces petits obstacles n'est finalement pas si compliqué et la douce mousse est aussi là... Derrière ces trois petits obstacles de multiples jeunes pousses de toutes les essences comme une multitude de projets, la renaissance, la vie...      Munis des symboles pour Albane, je reviens à mon arbre et réitère ma demande pour Sylvie. Je pars en arrière et vois instantanément une jeune pousse de chêne en forme de diapason avec de jeunes pousses de feuilles à l'extrémité de chacune des branches, j'entends « Laisses fleurir ton diapason », ma sensation intérieure est un besoin de relâchement, de joie, de besoin de beauté... en retournant vers l'arbre, je remarque un bâton avec une extrémité bien droite et l'autre sinueuse, je ressens un besoin d'assouplissement, de lâcher la rigueur, onduler, laisser couler. Je prends donc ce bâton. Puis en notant ces remarques, je vois une branche de pin à mes pieds qui me suggère de « balayer autour de moi, écarter les poussières et respirer ». Je suis toujours dans un état un peu second et je continue avec joie cette mission.  Je demande à l'arbre tout doux de me transmettre les messages de Violaine, mes pieds me guident vers une branche de chêne inclinée, avec de multiples pousses de jeunes feuilles tout le long, cette branche repose sur un méli-mélo de branches mortes, et au pied, comme le seuil de cette image une racine qui tend à s'enterrer. J'entends : « Nettoies ton intérieur et regardes comme tu fais pousser de joli plants, n'oublies surtout pas tes racines sans lesquelles les jolies feuilles ne fleuriraient plus ». Je m'empresse d'aller noter cette phrases.  J'entends quelqu'un appeler dans la forêt, oh lala, je n'ai pas fini, je réponds et je reprends contact avec l'arbre tout doux pour lui demander le cinquième message pour Valérie. Il me guide vers un charme avec une branche relié au sol, au milieu une branche plus petite qui semble filer vers l'arrière et à son extrémité elle est posée sur une branche solide, appuyée sur un charme double. J'entends alors « Avance seule en sécurité, laisses filer le passé et tu pourras t'appuyer, t'épanouir et t'unir ».

            Munie, de tout ces messages, je retourne à côté de l'arbre, visualise le A, puis la coupe, me remémore chacun des messages, les dissous dans l'eau et bois la coupe. Je remercie vivement cette forêt initiatique et pars à la recherche des autres, impatiente de partager avec elle ce joli voyage parcouru et leur délivrer leur message. J'ai accompagné chacune d'entre elle, je me suis sentie très bien dans ce rôle, j'ai eu le sentiment de relayer de la joie, de la simplicité, de l'espoir. J'ai vécu ce moment en totale liberté avec un sentiment de bonheur profond. J'ai aimé ce rôle, j'aime être dans un rôle.

             Nous sommes rentrées et avons partagé notre repas puis nos expériences, nous avons partagé les informations de nos différentes missions. Violaine nous a expliqué que ce travail était le début d'une étude, je partage tout à fait cette vision car j'ai encore cette réflexion à mener pour chacune d'entre nous « Qu'a t'elle à découvrir? Quelle porte à ouvrir ? Quelle peur surmonter et comment ? ». D'autre part, j'ai besoin de relire les révélations des autres missionnaires et continuer ce travail.  Dès le lendemain, j'ai eu une discussion profonde avec mon conjoint sur notre relation. Nous sommes arrivés à la même conclusion ensemble, nos sentiments évoluent, notre amour tend à devenir adulte. Nous avons besoin de fleurir chacun pour nous pour pouvoir continuer à briller ensemble. Cette révélation nous a apaisé tout les deux et depuis nous sommes concentrés sur nos chemins personnels et trouvons nos repères dans un mode de fonctionnement de couple et non plus de parents. La place occupée par les enfants jusqu'ici nous laisse l'espace de vivre nos désirs personnels sans voler du temps à qui que ce soit.

 

            Merci Violaine, merci les filles pour ce moment qui m'a une fois de plus a éclairé mon lendemain tout en apprenant à profiter de mon maintenant.

 

  

 

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